LE COUP D’ETAT PERMANENT

mai 31st, 2005 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

Le résultat du scrutin est sans appel pour l’ensemble de la classe politique française : européens, les Français ont, une nouvelle fois, désavoué leurs représentants, qui n’ont encore rien compris au scrutin du 29 mai.

Comme certains le soulignent, le fossé se creuse entre la France et ceux sensés la représenter et qui ont confisqué le pouvoir, à droite comme à gauche et chez les partenaires sociaux, plongeant notre société dans un immobilisme suicidaire.

La culture politique et du pouvoir, à l’œuvre dans les organisations représentatives et politiques, reposant sur la quête et la prise de pouvoir, puis au maintien au pouvoir de ceux qui y ont accédé, sacrifiant les missions déléguées par ceux qui les ont porté aux commandes, a conduit toute la campagne du référendum.

Résultat : ce coup d’Etat permanent plonge aujourd’hui la France et l’Europe dans une situation sans précédent, qui accélèrera ce que certains prétendaient défendre.

A ceux qui disaient lutter contre le libéralisme, et ont entraîné une partie des Français sur la voix du « non », la Chine, qui s’était engagée, à la demande européenne, à augmenter ses taxes à l’exportation, a répondu, suite aux résultats français, en annonçant qu’au contraire, elle les supprimaient toutes, purement et simplement. Le Japon, de son côté, revient sur l’installation d’ITER sur son territoire, tandis que les Etats-Unis renforcent leur soutien à Boeing et accentuent la lutte contre Airbus en saisissant l’OMC. La Russie de Poutine, qui croit peu à l’Europe, attend de la voir faire le ménage chez elle. Dans ce contexte, la Grande Bretagne de Toni Blair, héritier de la politique de Mme Thatcther, est en position pour prendre le leadership européen…

Qui s’en étonnera ? quelle union européenne pour faire face à l’avancée d’un capitalisme mondial qui n’a rien à voir avec le libéralisme, garant du progrès et de la justice et seule alternative à la concentration des pouvoirs et des capitaux entre les mains de quelques-uns, qui se satisfont d’un système où la libre concurrence et l’égalité des chances n’existent pas : les délocalisations vont donc se poursuivre et s’accélérer.

Ces partisans du « non », prétendant défendre la veuve et l’orphelin sont en train de lui construire son enfer et renforcent ceux contre qui ils prétendaient lutter, tant notre dépendance vis-à-vis de ceux-là est grande et nos moyens de faire face, plus inexistants qu’avant le référendum : car, alors, le monde avait encore l’illusion d’une unité et d’une construction européennes. Le désir de « changer les choses » de ces prétendants dirigeants repose, en fait, sur un sentiment de toute puissance, héritage des 5 siècles passés et aujourd’hui illusoire.

Ceux qui avaient prétendu faire barrage à l’extrémisme en votant Jacques Chirac en avril 2002, lui offre aujourd’hui, grâce au « non », le meilleur des marchepieds et le propulse sur le devant de la scène, lui permettant, à juste titre, de dénoncer la perte de représentativité des élites françaises.

Pour autant, les Français veulent pouvoir vivre de leur travail, qui doit leur permettre de garantir un présent et se projeter dans l’avenir. Mais ils ont le sentiment que les élites ont instauré un système qui les broie au profit de ses mêmes élites qui, chaque jour, montrent à quel point elles vivent bien.

L’image de l’entreprise est maintenue dans un mode de représentation simpliste, alors qu’elle est garante de la production des richesses que nous sommes appelés à partager et qu’elle est, aujourd’hui, entravée dans son rôle. Les créateurs d’emplois et de richesse de France, constructeurs d’avenir, continueront donc à porter et développer des projets, pour ceux qui le pourront encore, mais avec un fardeau supplémentaire, né des égoïsmes et des intérêts particuliers.

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