Lettre ouverte du Cerf à Monsieur le président de la République

nov 24th, 2008 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

Aujourd’hui, la crise économique se diffuse par contagion des TPE-PME aux grandes entreprises par la faute des banques qui ont coupé depuis plusieurs mois les financements des petites entreprises. Or ces TPE-PME sont soit les clients, soit les fournisseurs de ces groupes.

Dès lors, il n’est pas étonnant que la crise économique s’aggrave : depuis le début de l’année, les défaillances d’entreprises connaissent une progression inquiétante ; après les licenciements du début de l’année, le chômage augmente depuis le mois d’août ; et maintenant, la consommation commence à marquer le pas.

Les conseils des organisations dites « représentatives » ont conduit le gouvernement à prendre des mesures en faveur des PME qui sont inopérantes : action sur le crédit plutôt que sur la trésorerie des entreprises ; choix de solutions longues et lourdes à mettre en œuvre plutôt que des mesures simples et à effet immédiat.

Etant donné la gravité de la situation, le Cerf a décidé d’écrire une lettre ouverte au Président de la République afin que tout soit mis en œuvre pour limiter les effets de la crise financière sur l’activité et l’emploi. Il y a urgence à prendre les bonnes décisions.

>>> Lire ci-dessous la lettre ouverte du Cerf à Monsieur le Président de la  République :

Paris, le 24 novembre 2008

Monsieur le Président de la République,

Vos efforts renouvelés pour contrer les effets de la crise financière sont incontestables. Vous avez réussi à mobiliser nos partenaires européens pour stabiliser le système bancaire. Vous avez également pris des mesures concrètes au niveau national pour que l’économie réelle ne soit pas affectée par la crise de liquidités et de confiance qui frappe nos banques.

Début octobre, vous avez ainsi décidé de débloquer 22 milliards d’euros pour les TPE-PME via le réseau bancaire et Oséo. Malheureusement, il est, très vite, apparu que les sommes allouées aux banques parvenaient au compte goutte aux TPE-PME et vous avez dû nommer fin octobre, un médiateur du crédit pour régler le nombre grandissant de litiges qui opposent les TPE-PME à leur banque. De son côté, Oséo ne parvient pas à traiter l’afflux des demandes et renvoie les patrons vers leur banque car les moyens humains manquent pour répondre à toutes ces TPE-PME qui cherchent des solutions pour couvrir leurs besoins de trésorerie. Résultat, les TPE-PME restent à la merci des banques dont la politique de suppression des autorisations de découvert amplifie la crise. Alors que les risques TPE et PME sont sans commune mesure avec les risques qu’elles ont pris sur les marchés financiers. Le coût économique et social de cette crise financière est déjà exorbitant : chaque jour, 140 entreprises de plus mettent la clé sous la porte, soit un total de 700. Ce sont plusieurs milliers d’emplois qui sont détruits pour rien… Et les patrons, comme les salariés, se demandent depuis plusieurs semaines où sont passés les 22 milliards promis par l’Elysée.

Il apparaît aujourd’hui que ces échecs sont le résultat des mauvais conseils prodigués par les organisations syndicales dites « représentatives » à votre gouvernement :
D’abord, sur le temps de l’action : les partenaires sociaux qui sont censés être au contact des acteurs économiques, n’ont découvert la crise qu’à la rentrée alors que le Cerf, attentif aux chiffres de la progression des défaillances d’entreprises et au déferlement des témoignages de patrons très inquiets, avait donné l’alerte dès le mois d’avril. La vérité c’est qu’il aurait fallu agir avant l’été.

Ensuite, sur le diagnostic posé : les partenaires sociaux s’imaginent encore qu’il faut concentrer tous les efforts sur l’accès au crédit alors que de manière structurelle, les TPE-PME ne parviennent pas à couvrir leurs besoins de trésorerie et que depuis plusieurs mois déjà, les banques leur suppriment leurs autorisations de découvert. Là encore, le Cerf avait exposé dès le mois de mai des mesures « visant à agir rapidement et positivement sur la trésorerie des entreprises ».
Enfin, sur les solutions proposées : les partenaires sociaux ont privilégié des mesures longues et lourdes à mettre en place, et de surcroît inopérantes telles qu’Oséo, alors que l’urgence imposait des solutions simples et à effet immédiat pour alléger la trésorerie des entreprises telles que le report et l’échelonnement des cotisations Urssaf et de la TVA, même assorti d’un taux d’intérêt, comme l’a proposé le Cerf.

Preuve est une nouvelle fois faite que les partenaires sociaux, patronat et salariés, ne sont pas en prise avec la réalité économique et sociale : ils ne peuvent donc être une aide à la décision pour le gouvernement. Pire, ces organisations syndicales représentent un obstacle à la sortie de crise. Vous êtes d’ailleurs pleinement conscient de la faiblesse structurelle de nos syndicats puisque dès votre arrivée à l’Elysée, vous avez initié la réforme de la représentativité qui s’est traduite par le vote de la loi portant rénovation de la démocratie sociale. Malheureusement, cette loi ne pourra pas produire ses premiers effets avant quelques années et étrangement, elle ne concerne pas les syndicats patronaux…

En résumé, votre gouvernement n’est pas correctement informé de l’Etat réel du pays et en particulier de la situation des 2,5 millions de TPE qui font vivre plus de vingt millions de nos concitoyens. Malgré l’échec du plan de soutien aux PME, votre gouvernement continue pourtant d’écouter les syndicats : le sort des TPE – 95% des entreprises en France, 50% du PNB marchand et 61% des actifs – et donc de l’économie toute entière, reste entre les mains de ces mauvais génies. En attendant la vraie réforme de la représentativité, votre gouvernement doit entendre le ras-le-bol et le sentiment d’abandon des dizaines de milliers de patrons qui ne se paient plus depuis des mois et sont aujourd’hui prêts à déposer le bilan faute de solutions. Bref, votre gouvernement doit le plus rapidement possible trouver les interlocuteurs qui sauront l’aider dans sa prise de décision. Sans ce changement de partenaires, l’exécutif ne pourra pas prendre les mesures qui conviennent pour soutenir l’activité et l’emploi, et éviter que la crise qui dévaste les TPE et PME n’affecte, par contagion, les grandes entreprises.
Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de ma considération la plus haute.

Louis Lambel,
Président du Cerf

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