Grève du Lait : la FNSEA toujours légitime ?

sept 15th, 2009 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

Une grève organisée par les producteurs de lait et dénoncée par la principale organisation dite « représentative », la FNSEA, pose une nouvelle fois la question de la légitimité d’organisations déconnectées des réalités auxquelles sont confrontés leurs mandants. Et des intérêts réellement défendus…

Dans un communiqué daté du 17 juin dernier, les Créateurs avaient déjà dénoncé l’accord signé par la FNSEA qui prévoit la vente à perte du lait (280 euros la tonne) alors qu’un prix juste et rémunérateur s’établit autour de 400 euros. Il y a donc urgence à agir, car selon la Coordination Rurale près de 30 000 producteurs de lait pourraient disparaître dans les prochains mois, soit le tiers de la filière.

Faute d’êtres entendus par la Commission européenne et le Conseil européen, les producteurs de lait européens réunis au sein de l’European Milk Board (EMB) ont décidé de faire la grève des livraisons de lait. En France, la Coordination Rurale (via l’OPL*) et l’APLI* coordonnent la fronde lancée le 10 septembre. Les producteurs offrent ainsi leur lait aux consommateurs, à la ferme ou en ville, pour éviter le gaspillage de leur production et faire connaître la situation économique d’une profession sinistrée. Dans les semaines qui viennent, la pénurie pourrait bien toucher les transformateurs et les industriels, que les producteurs espèrent alors retrouver à leurs côtés. La Coordination Rurale a mis en place un site web qui permet de suivre l’évolution de la grève et de signer la pétition : http://www.lagrevedulait.com/.

Le Cerf s’étonne que la FNSEA ait publié une lettre ouverte aux producteurs de lait pour informer qu’elle ne soutenait pas cette grève alors que le syndicat admet que « le niveau négocié [par la FNSEA, ndlr] reste insuffisant face à nos charges… » La FNSEA continue à réclamer des aides du gouvernement pour compenser les pertes de revenus feignant de ne pas comprendre que les producteurs de lait demandent seulement à obtenir une juste rémunération de la tonne de lait afin de pouvoir vivre décemment de leur travail, pas de subventions. La FNSEA espère surtout une faible mobilisation, qui découlerait de la fragilité financière des exploitations au bord de la ruine et à la merci des banques : pour ne pas être totalement décrédibilisée, elle a en effet besoin de voir échouer l’action menée par des syndicats indépendants véritablement à l’écoute des producteurs.

Au 13 septembre, le site lagrevedulait.com dénombrait entre 35 et 40% de grévistes. Le Cerf estime que le succès de cette action encore peu médiatisée montre une fois de plus le décalage qui existe entre les syndicats qui négocient avec le gouvernement de mauvais accords, et la base qui se sent trahie. Plus largement, cela pose la question de la représentativité de syndicats qui comptent toujours moins d’adhérents mais qui confisquent la parole des producteurs de lait et des agriculteurs.

 
*OPL : Organisation des producteurs de lait
*APLI : Association des producteurs de lait indépendants

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