La défiscalisation des heures supplémentaires protège les emplois

avr 6th, 2010 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

De brillants économistes et de non moins brillants hommes politiques, syndicalistes et journalistes, qui n’ont malheureusement jamais travaillé de leur vie, ont pris l’habitude de crier haro sur la défiscalisation des heures supplémentaires entrée en vigueur le 1er octobre 2007. Avec le bouclier fiscal, le « travailler plus pour gagner plus » est semble-t-il une cible de choix. Par exemple, le rédacteur en chef d’Alternatives économique, Guillaume Duval reproche aux heures sup’ de se substituer à des emplois nouveaux : 676 millions d’heures supplémentaires réalisées en 2009 équivalent, selon lui, à 434 000 emplois temps plein. Un calcul mathématique un rien simpliste, qui consiste à diviser le nombre d’heures supplémentaires totales par le nombre d’heures effectuées dans une année par un salarié aux 35 heures : 676 000 000 d’heures/1557 heures = 434 000 emplois. Hourra ! Le calcul est bon, mais le raisonnement serait réfuté par un collégien ! La même erreur était d’ailleurs à l’origine des 35 heures, avec les effets néfastes qu’on leur connaît. 

Ainsi, oser avancer un tel raisonnement relève soit d’une méconnaissance totale du fonctionnement d’une entreprise, soit d’une malhonnêteté intellectuelle abyssale : entreprise par entreprise, les heures supplémentaires effectuées n’équivalent pas à un ou plusieurs emplois temps plein, à moins de considérer que le nouveau salarié puisse être efficace et compétent à des postes très différents – production, commercial, administratif… – et que cette personne puisse effectuer plusieurs tâches en même temps et à plusieurs endroits différents voire dans plusieurs entreprises si nécessaire… Nul ne doute que cette perle existe, mais les syndicats auraient vite fait de dénoncer l’exploitation et la précarité d’un tel employé qui devrait avoir neuf employeurs pour atteindre 35 heures par semaines…  

Sérieusement, la défiscalisation des heures supplémentaires a d’abord bénéficié aux salariés de TPE, restés aux 39 heures, qui ont ainsi vu leur salaire augmenter sans même travailler plus. Une aubaine pour ces millions d’employés qui sont statistiquement ceux qui sont les moins qualifiés et qui ont donc les rémunérations les plus faibles. A l’heure où le pouvoir d’achat fait partie des préoccupations des Français, défendu opportunément par les mêmes brillants économistes et non moins brillants hommes politiques, syndicalistes et journalistes, qui plaident pour la relance par la consommation et qui font mine de ne pas le voir, ce supplément de salaire était donc bienvenu. En 2008, 5,5 millions de ménages ont vu leur revenu augmenter grâce aux seules exonérations. Une arithmétique qui échappe manifestement à ces grands cerveaux. 

Face à la crise, ce dispositif a surtout été un des principaux amortisseurs, en permettant aux entreprises les plus petites de s’adapter pour ne pas disparaître et en maintenant dans l’entreprise des salariés déjà en poste : 70 000 emplois auraient ainsi été sauvés selon l’institut français d’études économiques COE-Rexecode. L’ajustement à la baisse d’activité s’est fait sur le nombre d’heures supplémentaires : -0,6% en 2009 par rapport à 2008 dans les entreprises de moins de 10 salariés, -9% dans celles de plus de 10. En effet, un retournement de conjoncture se traduit d’abord par un ajustement à la baisse de la durée du travail qui permet à l’entreprise de s’adapter en temps réel à la demande de ses clients. Ensuite seulement, il est mis fin aux contrats précaires, puis aux emplois en CDI si la crise et la baisse du carnet de commande se prolongent. La défiscalisation des heures supplémentaires, par la flexibilité qu’elle offre, est ainsi particulièrement adaptée pour accompagner une sortie de crise dont les soubresauts infirment quotidiennement les prédictions des analystes. 

Enfin, les contempteurs de la réforme des heures supplémentaires oublient leur silence coupable sur le coût réel dissimulé aux Français, lors de la mise en place des 35 heures, et qui résultait de la réduction de l’assiette de cotisation impliquant une compensation par l’Etat aux caisses sociales. Aujourd’hui, le coût prétendu de la défiscalisation, alors qu’elle ne devait rien coûter au contribuable, n’est qu’un tour de passe-passe des partenaires sociaux pour rattraper l’erreur commise dix ans plus tôt. Dommage que les idéologues experts n’aient pas le courage de le dire. 

Je vote pour le maintien de la défiscalisation des heures supplémentaires et demande la baisse du coût du travail (pas des salaires)

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