Montée du Front National : les organisations patronales et les syndicats responsables

mar 19th, 2011 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués, à la Une

Le Cerf s’inquiète de la montée des discours populistes qui se nourrissent d’un sentiment croissant de précarité, d’incertitude et d’injustice chez nombre de patrons et de salariés qui se détournent des partis politiques traditionnels.

Le doute et le rejet ne concernent pas que le gouvernement : le Cevipof (Centre de recherche politique de Sciences Po) a ainsi mesuré que 83% des Français considèrent que les politiques ne se préoccupent pas de ce qu’ils pensent, alimentant les 76% d’opinions négatives sur la politique. Et personne ne semble prendre conscience que si Nicolas Sarkozy enregistre 69% d’opinions défavorables, les sondages qui le donnent dans un mouchoir de poche avec ses adversaires confirment en fait la fragilité de ses challengers.

Le peuple souffre de ne pas être entendu par ceux qui agissent en son nom. Et les partis républicains seraient ainsi désavoués par un électorat qui reproche globalement à la classe politique de ne jamais prendre les mesures qui permettraient à la France d’aller bien et aux Français d’espérer. Les signaux adressés à leurs dirigeants par les électeurs au cours des 30 dernières années pour y remédier n’y a rien changé. Il est donc naturel qu’ils cherchent (et trouvent ?) une autre voie : si l’alternance droite-gauche ne suffit pas à résoudre le problème, peut-être faut-il passer par une autre offre politique, aujourd’hui proposée dans un emballage populiste par le Front National et le Parti de Gauche. D’autres prétendent détenir la solution en changeant de Constitution. Ces deux voies sont malheureusement également vouées à l’échec.

Car si l’alternance politique n’a rien donné à ce jour, ce n’est pas tant parce que les politiques sont « incapables » ou « tous pourris » mais bien, quoiqu’ils en pensent, parce qu’ils sont déconnectés du réel. Mais déconnectés du réel du fait même de l’inefficacité des canaux qui devraient relier le peuple à ses élites, non d’une volonté délibérée ou d’un mépris pour la France et les Français. Les élections présidentielles de 2007 ont vu une mobilisation historique parce que les deux candidats finalistes, en s’imposant tous les deux contre leur parti, avaient fait naître l’espoir que les choses pouvaient changer. Trois ans plus tard, la participation aux élections régionales s’est effondrée, non parce que les attentes des Français avaient changé ou que le Président élu n’avait pas engagé des réformes qu’il avait annoncées, mais justement parce que face aux difficultés, les citoyens continuent de se sentir tenus à l’écart, et donc méprisés, parce que les courroies de transmission, celles destinées à faire remonter l’information ou faire pression, sont en panne. C’est donc en fait le travail même et la qualité du travail de ceux censés parler en notre nom au monde politique qui est en cause. Et sur ce plan, il est vrai, rien n’a changé.

La question des corps intermédiaires est ainsi posée de façon prégnante pour qui veut résoudre la fracture entre les Français et sa classe dirigeante.

Moins de 8% des entreprises et des salariés adhèrent à des syndicats qui continuent de voire baisser le nombre de leurs effectifs, alors que leurs ressources financières continuent d’augmenter : dès lors, les organisations dites représentatives n’ont plus besoin d’adhérents, ni d’écouter leurs mandants pour parler au nom de tous ! En 2009 et 2010, les principales organisations syndicales et patronales ont procédé au renouvellement de leur Secrétaire Général ou de leur Président sans qu’aucun candidat ne soit en mesure de se présenter contre le sortant. S’agit-il du plébiscite de l’action de ces dirigeants ou le signal alarmant que la démocratie sociale est en panne ? Les taux de participation catastrophiquement bas aux élections professionnelles, prud’homales ou des CCI, le fait que près de 65% des chefs d’entreprises déclarent que les syndicats patronaux ne les représentent pas, devraient éclairer ceux qui ont encore des doutes sur le sujet.

La montée des extrêmes est inversement proportionnelle à la défaillance de représentativité et d’efficacité des corps intermédiaires. Et est en passe de modifier le paysage politique, mais pour quelles promesses ? Ainsi, la réforme de la représentativité et pour commencer la représentativité patronale, comme l’a indiqué le Chef de l’Etat, par la bouche de François Fillion dans son discours de politique générale, est bien plus qu’une urgence. Elle est vitale, pour que la fracture ne consume pas ce pays et que les extrêmes ne trouvent plus dans la jachère de la représentativité qui a confisqué depuis trop longtemps la parole des Français, le terrain propice à leur expansion. Et, surtout, pour que ce pays, en s’appuyant sur ses forces vives et sa créativité, se remette en marche.

1 réponse to “Montée du Front National : les organisations patronales et les syndicats responsables”

  1. jeudy on 25th mars 2011 11:16

    J’ai voté pour le Cerf lors des dernières élections et suis surpris par vos prises de positions qui me réconfortent .
    Vous avez fait référence à 1884 et la loi de V. Rousseau. Une émission diffusée en 1984 et dont le titre est « De révoltes et d’espoir » retrace les combats du monde ouvrier avant cette loi. La réalisation était de votre humble serviteur. j.y. jeudy

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