Affaire DSK : le temps du réalisme

mai 23rd, 2011 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

Comment ne pas être interpelé, d’une façon ou d’une autre par l’affaire ? Il n’est pas question ici de revenir dessus ou de la commenter. C’est l’affaire de la justice.

Mais après le temps de la stupéfaction qui a frappé tant les Français que la classe politique et les média, vient le temps du recul et de la libération de la parole. En effet, des journalistes de plus en plus nombreux commencent à s’interroger, grâce notamment à l’interpellation de leurs confrères étrangers, sur une exception française (une de plus) dans la manière d’aborder l’information. Certains, sans remettre en cause la nécessaire protection de la vie privée, pointent l’autocensure, quand il ne s’agit pas parfois de soupçons de connivence ou de collusion, et dont le résultat est de ne pas informer, de modifier la réalité, un mensonge par omission en quelques sortes. Voire pire, une omerta.

Qu’Ivan Riofol du Figaro, Jean Quatremer de Libération ou Christophe Deloire, directeur du Centre de formation des journalistes commencent à poser la question de ce qui n’est pas traité ou pas vu par les médias, est un signe encourageant. Sans accès de culpabilité inutile, il peut laisser espérer une évolution positive du rendu de l’information, d’une prise de recul plus importante par rapport aux puissances sous toutes leurs formes – politiques, entreprises, syndicats, ONG… – dont les journalistes ont à nous rendre compte. Sont-ils en train de découvrir que les sujets qui ne sont pas traités et qui pourtant intéressent les Français abondent ? Peut-être est-ce précisément là, dans le déni ou l’indifférence vis-à-vis de ce qui a de la valeur pour les lecteurs, une des explications des difficultés économiques de la presse ?

Sans qu’il revienne au CERF une quelconque légitimité pour dresser la liste de ces sujets, il en est cependant que nous traitons régulièrement et sur lesquels nous essayons d’attirer l’attention car eux, influencent le quotidien de nos concitoyens. Les résultats que nous avons obtenus aux dernières élections aux Chambres de Commerce en décembre 2010 laissent supposer que ces questions – les vrais revenus des patrons, la représentativité et l’inexistence d’une démocratie sociale efficace au service de l’intérêt général, par exemple – intéressent un nombre croissant de patrons et d’entreprises. Surtout quand les micros, les antennes et les éditoriaux sont ouverts aux puissances institutionnalisées, qui conservent leurs suiveurs, mais dont les chefs d’entreprises se détournent chaque jour un peu plus car ils ne leur reconnaissent aucune légitimité. Mais quels média reviennent sur ces sujets ? Ce simple fait, tristement incontestable, illustre à merveille, malheureusement, ce que ces journalistes en phase d’autocritique commencent à signaler.

Qu’on ne se méprenne pas : les Français ne sont pas avides d’une information voyeuriste ou nombriliste. Ils sont dans l’attente d’une information à laquelle ils se sentent connectés, susceptible d’interagir avec leur vie et qui leur donne des clés pour comprendre et agir. L’information qui se contente de reproduire le consensus – mou, lisse ou attendu – de l’establishment participe à la sclérose de la société française et conduit naturellement au désengagement, à l’incivilité et, finalement, nourrit la vindicte populiste. A l’inverse, rendre compte d’autres réalités permet d’affiner les observations et de faire émerger d’autres possibles : cette circulation de l’information est vitale pour la démocratie et donne tout son sens au journalisme. Sinon, il faudra se résoudre à abdiquer définitivement notre regard critique aux seuls humoristes, dont personne n’attend qu’ils apportent de solutions… juste de bons mots, qui décrédibilisent chaque jour un peu plus le système et ses tenants les plus visibles. Pour quels lendemains?

10 réponses to “Affaire DSK : le temps du réalisme”

  1. Patrick CANTONE on 23rd mai 2011 2:57

    Et les revenus cachés des politiques ????

  2. BAHU JACQUELINE on 23rd mai 2011 3:25

    Le monde politique et la presse sont pour moi de connivences. Les sujets abordés par ces deux mondes n’intéressent pas la majorité des français, d’ou le manque d’intérêt de vote lors des élections. Et, malgré tout
    ils continuent à se regarder le nombril, a se partager les places au soleil, à se marier entre eux… Tout va bien pour eux. Ils sont très loin de nos préoccupations de tous les jours, nous salariés et chef d’entreprises, qui ramons pour faire avancer le bateau, sans rien dire, jusqu’à quand !!!! pitié pour eux.

  3. Mitjavile on 23rd mai 2011 3:27

    Quand je vois que tous les journalistes présents chez Ardisson (Askolovitch et autres) lors du dîner où Tristane Banon a fait ses révélations sur le comportement de DSK n’ont en pipé mot dans leurs média respectifs, continuant à décrire DSK comme un grand économiste de renommée mondiale, je me demande.comment ils peuvent encore avoir la moindre crédibilité? Pauvres média français, le New York Times et autres journaux américains ont de bonnes raisons de les regarder avec condescendence.

  4. LEBRUN on 23rd mai 2011 3:54

    Pas seulement les revenus cachés des politiques qui ne sont pas aussi cachés ni aussi élevés qu’on ne le pense, mais les revenus de la haute fonction publique qui se cache elle-même, qu’on n’entend jamais et qui n’est jamais citée nulle part alors qu’elle grouille au Parlement et dans les ministères. Voilà une « caste » bien à l’abri et qui se coopte elle-même sans bruit.

  5. DERUYTER on 23rd mai 2011 5:59

    Soyons sérieux,les journalistes ne peuvent être critiques contre le monde politique compte-tenu des subventions reçues et des avantages fiscaux accordés aux « journalistes »
    De plus il est vrai que le monde politique composé pour l’essentiel de fonctionnaires est déconnecté de la réalité du reste du pays. Nos dirigeants, à l’exception de quelques-uns ( notre président entr’autres) sont tous coulés dans le moule de l’ENA merveilleuse école qui devrait interdire à ces fonctionnaires d’entrer en politique.

  6. ROBERJAN on 23rd mai 2011 6:32

    Je partage à 100 % votre avis sur le comportement des médias et leur collusion avec le pouvoir.

    Je vous livre, dans la même veine, mes réflexions postées ces derniers jours sur le site du POINT :

    Certes, comme l’a dit un ancien ministre socialiste cultivé « Il n’y a pas mort d’homme ». Ce qui lui vaudra sans doute et pour longtemps le sobriquet de « PAMORDOM » pour sanction de son infamie !

    Non, d’abord c’est une femme – et même une jolie petite négresse dit-on – et c’est un crime de viol dit-elle.

    La Vérité finira bien par sortir nue, non de la salle de bains, mais de son puits…

    Il y a par contre une certitude que révèle à temps cet événement : la personnalité trouble d’un homme qui, en dépit de ses compétences avérées et d’une intelligence réputée hors norme, n’aurait jamais du envisager se présenter à l’élection présidentielle.

    Car nous autres travailleurs, ouvriers, paysans, artisans, petits patrons qui nous levons le matin à 5 ou 6 heures pour aller bosser, on peut pas se coucher à point d’heures pour rester à regarder « Ce soir ou jamais » de F. Taddei (excellente émission au demeurant) pour apprendre ou supputer que DSK est de l’avis unanime un obsédé sexuel (faut appeler un chat un chat !) par ailleurs le mari d’une multi-déca-millionnaire…

    Pas vraiment le Président de la république qu’on avait envie d’élire finalement !

    Car comment imaginer un Président dont l’infidélité et les moeurs sont – par le pouvoir et la fortune – la marque du plus pur mépris du respect de la personne humaine.

    Pire encore, si les faits reprochés devaient être confirmés : pouvait-on confier la maîtrise du feu nucléaire à un homme qui, tout intelligent qu’il soit, n’est pas capable de maîtriser ses impulsions ?

    Alors, suprême réflexe de l’inconscient peut-être et quoi qu’il se soit passé, DSK a-t-il voulu par cet acte manqué se désengager d’une responsabilité qu’il savait ne pas pouvoir assumer pleinement…

    Cherchez plus ! S’il y a complot il est là et il n’y a qu’un seul comparse.

    Merci DSK, Merci.

  7. Mugnier on 23rd mai 2011 7:30

    Quand on regarde les salaires énormes (de 30.000 à 70.000 €/mois) des journalistes de la télévision, il est facile de comprendre qu’ils ne vont pas risquer leurs situations en donnant des nouvelles qui pourraient leur valoir une mise au placard !
    C’est humain, il sont là pour gagner du fric, pas pour se mettre leurs patrons et les politiques à dos !
    Voilà où on en est en France pour l’information.

  8. PIOT on 23rd mai 2011 9:13

    réponse à Mitjaville ;Les aventures féminines réelles ou supposées de DSK ne changent pas le fait qu’il est un grand économiste et faisait un excellent travail au FMI.

    Ne pas confondre les domaines. !!!

    La presse disait vrai sur ses capacitiés même si elle a tu les autres aspects de sa personnalité.

  9. bbern on 24th mai 2011 7:14

    Depuis Mai 2002 , je n’arrive plus à croire ce que la caste des journaleux nous raconte,
    c’est + compliqué mais j’ecoute les médias étrangers et internet en essayant de faire la synthese de tous les courants…hé oui, on en est là en France…

  10. CHRISTI on 24th mai 2011 8:18

    Il est exact que nous sommes sous informés, c’est pareil pour toutes les élections même les patronales. On nous envoie des listes de noms que nous ne connaissons pas et il faut choisir des listes.
    Depuis vingt-cinq ans que j’ai crée mon entreprise, je n’ai jamais voté, je ne connais personne sur ces listes, je laisse donc voter ceux qui  » connaissent » car voter pour la consonance d’un nom cela ne me convient pas. J’aurais aimé connaitre le président de la chambre de commerce de Marseille, mais à priori c’est un homme inaccessible ! Alors, on mêne sa boîte comme on peut avec l’aide du comptable et vogue la galére…

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