Sommet social : un résultat inquiétant

jan 31st, 2012 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués

Alors que le Président de la République a brossé le tableau du contexte dans lequel intervient le Sommet social visant à mettre en place des solutions pour faire face à une crise protéiforme, force est de constater que l’exercice est passé totalement à côté du point essentiel, au-delà de la question de la dépense publique que presque tout le monde semble avoir enfin intégrée, sans savoir ou oser la traiter.

Mais peut-on reprocher au seul Président de la République de ne pas mettre au cœur de son diagnostic la nécessaire lutte contre les défaillances d’entreprises, lui qui, même si on aurait espéré plus, a pris les mesures qui ont sauvé plus d’entreprises que ses principaux prédécesseurs ? Reste que faire le bilan de la situation économique sans s’arrêter sur la triste particularité qu’a la France de détruire proportionnellement, année après année, plus d’entreprises que tous les principaux pays comparables de l’OCDE est une erreur majeure.

Comment ne pas trouver dans le problème des faillites d’entreprises et leur analyse, comme on autopsie un cadavre pour savoir de quoi il est décédé, matière à questionnement ? afin, peut-être, d’identifier les causes de la pandémie qui détruit la richesse et les emplois ? en tout cas, la matière nécessaire et suffisante pour justifier des propositions majeures pour la survie de milliers d’entreprises comme la TVA sociale, et que les organisations syndicales continuent pourtant de contester ? Mais comment, en effet, le reprocher au Président, quand pas une organisation, patronale ou de salariés, n’a fait des défaillances d’entreprises un sujet d’étude et d’action prioritaire et, présentes à l’Elysée, n’a trouvé le moyen de soulever ce sujet ?

Faut-il s’en étonner ? Les Français, le taux de syndicalisation en témoigne, ont déjà répondu. Car si ces organisations avaient été un tant soit peu représentatives et attachées à défendre les intérêts de ceux qui les font vivre, le sommet social aurait eu lieu à leur initiative un jour de mars ou d’avril… 2008 quand il aurait fallu, et c’est bien là le rôle des organisations représentatives, lancer l’alerte sur la crise qui ravageait déjà gravement notre économie. Mais qui, parmi les participants au Sommet social, parlait de crise à l’époque ? qui se préoccupait des entreprises qui mettaient la clé sous la porte et des salariés qui perdaient leur emploi ? La faillite de la banque Lehman Brothers aux Etats- Unis a eu au moins une vertu : elle a appris à nos dirigeants syndicaux, si « proches du terrain » et prompts à rappeler à leurs détracteurs la mission sacrée dont ils sont investis en prétendant représenter tous les Français pour justifier d’être payés par eux, elle leur a appris donc, qu’une crise frappait l’économie française… Mais elles n’ont rien appris depuis, n’ayant à nouveau rien vu venir de ce qui les réunit autour du chef de l’Etat, quand elles n’en sont pas aussi responsables.

Le Sommet social qui s’est tenu ce 18 janvier est une initiative gouvernementale qui vient une fois encore souligner et pallier l’insuffisance de nos « représentants ». Ce fut le cas, déjà, avec la mise en place de la Médiation du Crédit et de la sous-traitance. Les problèmes entre des entreprises qu’elle traite n’auraient jamais dû être mis sur la place publique, puisque des organisations représentatives à l’écoute de leurs mandants et au service de l’intérêt général auraient dû régler cela en interne : les syndicats, autant que les Chambres de commerce et les Chambres des Métiers ont montré qu’ils étaient inexistants, au point que le Médiateur du crédit a même dû les convoquer pour les mettre au travail en leur demandant de s’occuper des entreprises en difficulté. Aucun syndicat, ni organisme consulaire ne s’occupaient des entreprises en difficultés ! Une « nouvelle » mission découverte grâce la crise et mise en œuvre sous l’impulsion de l’Etat. Et dire que nous étions un certain nombre à croire que la solidarité était le fondement du syndicalisme…

Bien sûr, quelques mesures ou déclarations pourront être intéressantes. L’annonce d’une réforme de la formation professionnelle, par exemple, interpelle. Mais là encore, il y a fort à craindre qu’elle soit discutée avec « la bande du 18 janvier », celle-là même qui, en signant l’ANI en 2004, a conduit à la destruction annuelle de 150 000 contrats de professionnalisation par an.

Dès lors, évidemment, l’issue d’une telle réunion avec une oligarchie syndicale qui occupe une place centrale alors qu’elle démontre une fois encore à quel point elle est déconnectée des réalités les plus tangibles, tant sur le plan macroéconomique que microéconomique, ne peut que continuer à enfoncer le pays dans le doute, l’inquiétude et le rejet de « ses élites ».

9 réponses to “Sommet social : un résultat inquiétant”

  1. Laurent Elles on 1st février 2012 7:10

    Trop de nombrilisme ne peut que continuer à apporter son lot de dé-convenances et participer à la fragmentation de nos organisations et groupes professionnels.
    A l’intérieur de nos représentations patronales, les fonctionnement de certaines caisses montrent qu’elles recherchent l’intérêt propre en lieu même de l’intérêt collectif pour lequel elles ont été créées et fonctionnent à l’aide de nos cotisations (patronales et salariales). C’est, à chaque fois, un pas de plus vers la fin de l’envie d’entreprendre…

  2. Beignet François on 1st février 2012 7:35

    Les Français manquent de formation (et d’information) économique. La France ayant plus de 5 millions de fonctionnaires et d’agents d’Etat, les Français, qui ont tous un (ou plusieurs) fonctionnaires dans leur famille, ne perçoivent pas clairement que, seules, les entreprises, et notamment les PME et les TPE, sont les créatrices et les conservatrices des emplois dont ils ont besoin pour eux-mêmes ou leurs enfants.
    Les grandes entreprises, ayant leur capital détenu en majorité par des fonds étrangers, n’ont pas la même conscience sociale et n’hésitent pas, à la moindre perspective négative, à licencier.
    La Tva pour remplacer une partie des charges sociales des entreprises sur les salaires jusqu’à 2,1 fois le SMIC (2.936 € bruts) n’est pas, contrairement à ce que les opposants au gouvernement Fillon et la majorité des médias, un mauvais coup pour le pouvoir d’achat des Français : c’est le moyen le laisser un peu de vie aux PME et TPE afin qu’elles puissent continuer à offrir des emplois et à payer les cotisations utiles pour verser les retraites ou les remboursements de maladie.
    Continuer de vouloir écraser les PME et les TPE, c’est faire fuir les emplois à l’étranger et c’est surtout ne plus pouvoir payer le social (retraites, maladie). Et ce risque est pour très bientôt.
    Les candidats déclarés à ce jour (PS, Modem, Front de Gauche et National), en disant s’opposer à cette mesure de justice, car ce n’est pas aux entreprises d’assurer la politique familiale (moyen pour verser les allocations familiales), rendent un très mauvais service aux Français. Mais il est vrai que, sortant de l’ENA ou de l’Administration, ils n’ont aucune connaissance du fonctionnement d’une entreprise, tellement ils sont habitués au confort des bonnes rémunérations de députés, de sénateurs, de conseillers régionaux ou généraux, ou encore de maires de grandes villes.

  3. GRANGER on 1st février 2012 9:50

    *SOMMET SOCIAL : effectivement très très inquiétant, les syndicats sont inexistants sauf dans les grandes entreprises ou ils gèrent les budgets importants et très importants du comité d’entreprise !. Le medef (pour en parler un peu) est en totale déconnection avec les TPE de moins de 10 salariés : comment un petit patron qui gagne à peine le smic pourrait payer une cotisation annuelle de 500 € / an qui ne servira à rien . Les faillites de plus en plus importantes de TPE et PME rapportent beaucoup d’argent aux syndics et au commissaires priseurs, les chambres de commerce et de métiers sont complètement incompétentes . La disparition progressive des TPE est aussi provoquée par un autre grave problème : LES APPELS D’OFFRE DE MAIRIES et SERVICES PUBLICS . La plupart des mairies ont recrutés des salariés nouveaux pour gérer les appels d’offre, c’est aujourd’hui une véritable catastrophe. Ces gens qui ne sont pas formés ne connaissent pas la différence entre un pigeon et une dinde ou .. un béton dosé à 200 kg/m3 et un béton dosé à 350 kg/m3 . L’essentiel est d’être moins cher, la France se craquèle de partout , la plupart des artisans sérieux ne sont pas retenus contre des grosses sociétés et n’ont plus de travail . Mais tout le monde s’en fiche, ça fait travailler les experts et c’est le « pot commun » qui paie c’est à dire le contribuable .

  4. titus on 1st février 2012 10:04

    Les mesurettes prises dans la précipitation montrent à quel point nos chers politiques sont en campagne machette à la main. La baisse des charges patronales ne conduira pas à la baisse des prix: ce revient à s’enfoncer le doigt dans l’oeil jusqu’à la Rolex. La hausse de la TVA ne changera rien aux produits qui viennent massivement de Chine: les prix de ces produits baissent et donc nos produits made in Europe seront de fait moins compétitifs. Enfin, le pouvoir d’achat va être solidement rogné vu les hausses promises en électricité et autres énergies. En somme, des rustinettes qui n’ont aucun sens si ce n’est de plomber encore plus le moral des ménages. Vivement demain.

  5. Jean PAQUETTE on 1st février 2012 10:18

    oui, bien sûr !
    mais je m’attendais à trouver dans votre article quelques pistes, quelques orientations susceptibles d’améliore la situation.
    pistes et orientations précises, explicitées, mieux qu’un simple titre comme la « TVA sociale » qui peut aboutir à n’importe quoi
    merci pour aller dans un tel sens concret et réel, la prochaine fois

  6. Didier VERGNON on 1st février 2012 12:42

    Je partage totalement votre point de vue sur les syndicats. Le problème et récurant.
    Quand se décidera t on à mettre sous le feu des projecteurs leurs abus financiers, leur démagogie destrutrice, leur état d’esprit du  » tout sauf des patrons ».. Qui se décidera un jour à faire toute cette lumière ? A croire qu’ils sont dangereux pour nos responsables..

  7. CERF National on 1st février 2012 3:44

    Bonjkour et merci pour votre contribution. Le Cerf ne porte de critique que s’il a des solutions et propositions. Celles-ci ont été tellement répétées, pour certaines reprises petit à petit, qu’il n’est plus temps de faire des propositions, mais bien de s’assurer d’un consensus autour d’un diagnostic, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Les défaillances d’entreprises sont le sujet majeur auquel il faut s’attaquer, les délocalisation n’étant au final pour certains qu’une solution pour éviter à plus ou moins brève échéance de mettre la clé sous la porte, faute de client ou d’investisseur. Car il faut les deux, quoique les uns et les autres pensent. Dans ce diagnostique sur les raisons du taux record de défaillances d’entreprises détenu par la France, il est urgent de pointer la responsabilité des partenaires sociaux et de les réformer pour en faire des acteurs qui se tiennent à leur mission, plutôt que de vivre aux frais des contribuables sans assurer les contreparties attendues et les contrôles minimum qui s’imposent. Faire d’autres propositions, même nouvelles, ou changer de président ou de constitution ne résoudra aucun problème, tant que le coeur du système n’aura pas été remis en mouvement. Le travail de sape à l’encontre d’un Président Sarkozy critiquable certes, mais ne pouvant objectivement mériter le procès systématique qui lui est fait, a été rendu possible et entretenu par des partenaires sociaux soit incapables de remplir leurs propres missions, soit engagés sur le terrain de politique. Il démontre à l’évidence que l’action gouvernementale, même assise sur des fondements démocratiques, peut être remises en cause par des acteurs qui ne répondent jamais de leurs actes, ni de leur gestion devant les Français. Là aussi, sur le terrain de la réforme de la représentativité, le Cerf a déjà porté ses critiques et ses propositions : notamment de s’assurer que les représentants du patronat et des salariés ne puissent être qu’issus du suffrage universel des patrons et des salariés, afin de leur rendre une parole et une capacité d’action, aujourd’hui confisquées par des organisations qui n’ont de représentatives que le titre.
    N’hésitez pas à continuer de nous faire part de votre indignation, de vos propositions, suggestions et interrogations, nous chercherons toujours à y répondre où à les intégrer à notre action.
    Les Créateurs

  8. CERF National on 1st février 2012 3:49

    Reste à espérer que le vote de la loi Perruchot sur les comités d’entreprises, la semaine dernière, ne serve pas à enterrer définitivement le rapport sur le financement des syndicats et n’entrave les suites qui auraient pu lui être données. Sans cela, notre déclin continuera son inexorable progression.
    Les Créateurs

  9. GRANGER on 1st février 2012 4:13

    DEMOLITION des TPE et PME: Il y a un moyen en dehors des chiffres nationaux pour se rendre compte de la disparition progressive des artisans, commerçants, « SANS LEUR FAIRE DE PUB » il suffit de cliquer sur google, ensuite sur interenchères, ensuite sur commissaires priseurs . Les ventes sur saisies de toute la France sont affichées, C’EST IMPRESSIONNANT ! (plus de 1000 sur 15 jours) mais aussi très grave . Il faudrait envoyer ces dates de ventes chaque jour aux élus de ce pays, ils pourraient peut être racheter leurs conneries ? ? …J’en doute

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