INSEE : l’indignation sélective

juin 30th, 2011 | By CERF National | Category: 1 - CERF National, Communiqués, à la Une

A la demande de ses syndicats internes, l’INSEE a, de façon tout à fait exceptionnelle, publié un communiqué afin de « corriger » les propos de Claude Guéant, ministre de l’intérieur, relatifs à l’échec scolaire des enfants d’immigrés et citant une référence à des données INSEE. Si la lecture de l’étude en question est intéressante, il n’est pas dans notre objet de la commenter.

En revanche, nous sommes amenés à nous interroger sur la démarche de syndicats que le souci de précision et d’exactitude semble honorer. Et pourtant… Si comme ils l’ont écrit, « l’INSEE n’a pas vocation à corriger toutes les mauvaises interprétations des données qu’elle publie, qu’elles soient de bonne ou de mauvaise foi », on pourrait s’attendre de leur part qu’ils aient la même exigence quant à leur propre production, dont il faut souligner le rôle essentiel d’information du monde politique, du législateur et de l’exécutif pour connaître la situation des Français et définir la politique de la France, c’est-à-dire apporter des solutions aux problèmes vécus par les citoyens. Ces données pourraient même servir, sait-on jamais, à expliquer, voire justifier des programmes politiques en période électorale… La matière statistique revêt ainsi un caractère quasi-sacré dès lors qu’elle est sensée servir la démocratie.

Or, que constate-t-on aujourd’hui, si ce n’est un emballement apparemment plus politique qu’attaché à la défense de la vérité ? Le propos semble excessif ? Personne pourtant n’a entendu s’élever la voix des mêmes syndicats, quand, depuis plusieurs années et malgré des alertes répétées par le Cerf, l’INSEE associé à la CGPME donne une publicité particulière aux salaires des patrons de PME, qui gagneraient plus de 5000 € par mois, en laissant croire qu’il y a là un élément probant de définition et de comparaison, pourtant bien loin des 1 890 € de revenu mensuel net réellement perçus. La faiblesse des revenus du patronat est-elle à ce point indécente qu’il faille la taire ? Ou dessert-elle les postures défendues par ailleurs par ces mêmes syndicats ?

N’est-il pas plus grave encore de constater que suite à ces interpellations, l’INSEE, au lieu d’apporter les précisions demandées, modifie sa présentation statistique en supprimant de ses références les 10% de patrons qui déclarent un revenu nul ou négatif ? Et de constater ensuite que cette manipulation a pour effet, à partir des mêmes chiffres, d’augmenter le revenu de référence de plus de 50% ? Comment ne pas s’alarmer quand le même document prétend renseigner sur la durée de travail hebdomadaire des patrons en donnant un chiffre précis (52 heures), quand il affirme quelques pages plus loin que l’INSEE « ne dispose d’aucune information sur le volume de travail des non-salariés » ?

Le revenu des patrons et leur temps de travail n’ont peut-être pas tant d’importance qu’il faille les traiter avec rigueur. Mais alors que le Cerf interpelait l’INSEE sur ces différents points, M Jean-Pierre Cotis, directeur de l’Institut, se voyait confier une mission par le Président de la République sur le partage de la valeur, laquelle serait captée par les patrons… Deux ans après, et en l’absence de toutes réflexions et actions positives des principales organisations syndicales et patronales en matière de pouvoir d’achat, le gouvernement met en place une prime qui aura fait couler beaucoup d’encre…

Les commentateurs sont souvent prompts à faire porter la faute au politique : un peu de discernement et de décence permettrait de voir que la force d’indignation d’un groupe de pression ne trouve pas nécessairement ses plus puissants ressorts dans les justifications qu’il sait mettre en avant pour nous faire avaler ses couleuvres. « Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », dit le proverbe.
Quoiqu’il en soit, le monde politique trop mal informé et conseillé ne saurait répondre aux attentes des Français, lesquels en retour le sanctionnent dans les urnes. Il est temps que cela change, non ?

A la demande de ses syndicats internes, l’INSEE a, de façon tout à fait exceptionnelle, publié un communiqué afin de « corriger » les propos de Claude Guéant, ministre de l’intérieur, relatifs à l’échec scolaire des enfants d’immigrés et citant une référence à des données INSEE. Si la lecture de l’étude en question est intéressante, il n’est pas dans notre objet de la commenter.

En revanche, nous sommes amenés à nous interroger sur la démarche de syndicats que le souci de précision et d’exactitude semble honorer. Et pourtant… Si comme ils l’ont écrit, « l’INSEE n’a pas vocation à corriger toutes les mauvaises interprétations des données qu’elle publie, qu’elles soient de bonne ou de mauvaise foi », on pourrait s’attendre de leur part qu’ils aient la même exigence quant à leur propre production, dont il faut souligner le rôle essentiel d’information du monde politique, du législateur et de l’exécutif pour connaître la situation des Français et définir la politique de la France, c’est-à-dire apporter des solutions aux problèmes vécus par les citoyens. Ces données pourraient même servir, sait-on jamais, à expliquer, voire justifier des programmes politiques en période électorale… La matière statistique revêt ainsi un caractère quasi-sacré dès lors qu’elle est sensée servir la démocratie.

Or, que constate-t-on aujourd’hui, si ce n’est un emballement apparemment plus politique qu’attaché à la défense de la vérité ? Le propos semble excessif ? Personne pourtant n’a entendu s’élever la voix des mêmes syndicats, quand, depuis plusieurs années et malgré des alertes répétées par le Cerf, l’INSEE associé à la CGPME donne une publicité particulière aux salaires des patrons de PME, qui gagneraient plus de 5000 € par mois, en laissant croire qu’il y a là un élément probant de définition et de comparaison, pourtant bien loin des 1 890 € de revenu mensuel net réellement perçus. La faiblesse des revenus du patronat est-elle à ce point indécente qu’il faille la taire ? Ou dessert-elle les postures défendues par ailleurs par ces mêmes syndicats ?

N’est-il pas plus grave encore de constater que suite à ces interpellations, l’INSEE, au lieu d’apporter les précisions demandées, modifie sa présentation statistique en supprimant de ses références les 10% de patrons qui déclarent un revenu nul ou négatif ? Et de constater ensuite que cette manipulation a pour effet, à partir des mêmes chiffres, d’augmenter le revenu de référence de plus de 50% ? Comment ne pas s’alarmer quand le même document prétend renseigner sur la durée de travail hebdomadaire des patrons en donnant un chiffre précis (52 heures), quand il affirme quelques pages plus loin que l’INSEE « ne dispose d’aucune information sur le volume de travail des non-salariés » ?

Le revenu des patrons et leur temps de travail n’ont peut-être pas tant d’importance qu’il faille les traiter avec rigueur. Mais alors que le Cerf interpelait l’INSEE sur ces différents points, M Jean-Pierre Cotis, directeur de l’Institut, se voyait confier une mission par le Président de la République sur le partage de la valeur, laquelle serait captée par les patrons… Deux ans après, et en l’absence de toutes réflexions et actions positives des principales organisations syndicales et patronales en matière de pouvoir d’achat, le gouvernement met en place une prime qui aura fait couler beaucoup d’encre…

Les commentateurs sont souvent prompts à faire porter la faute au politique : un peu de discernement et de décence permettrait de voir que la force d’indignation d’un groupe de pression ne trouve pas nécessairement ses plus puissants ressorts dans les justifications qu’il sait mettre en avant pour nous faire avaler ses couleuvres. « Quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt », dit le proverbe.

Quoiqu’il en soit, le monde politique trop mal informé et conseillé ne saurait répondre aux attentes des Français, lesquels en retour le sanctionnent dans les urnes. Il est temps que cela change, non ?

4 réponses to “INSEE : l’indignation sélective”

  1. groboillot jean louis on 2nd juillet 2011 8:56

    fidèle lecteur, nous vous félicitons pour votre action.

  2. GRANGER on 4th juillet 2011 5:53

    Bonsoir Hervé, je réitère mon appel quasi permanent, les petits patrons de TPE sont des gens de bonne volonté, je suis prêt à m’occuper du CERF sur la Sarthe, il y a un vivier exceptionnel . Comment voyez vous les choses, des amis pourraient travailler sur 2 autres départements que je connais bien : la Mayenne et l’Orne .

    Mon commentaire sur les écrits : L’INSEE a toujours été un état dans l’état, je doute que la direction ai pris le liberté d’écrire des « bourdes » pareilles, quelqu’un leur a forcément soufflé . Pour ce qui me concerne, je travaille depuis l’âge de 15 ans 1/2, je gagne à 63 ans et après avoir créé plusieurs TPE : 2020 € net par mois, la retraite ?
    impossible avec le problème RSI qui est un débat sur lequel il faudrait se pencher car cet organisme est une catastrophe nationale .

  3. Djemil CHAFAÏ on 5th juillet 2011 8:19

    L’indignation sélective de l’INSEE, même lorsque le cas de désinformation volontaire de Guéant est flagrant, interpelle effectivement.
    La complicité sourde de cet organismes et de ses salariés, cadres ou non, au quotidien, dans l »élaboration sans cesse renouvelée de thermomètres qui marqueraient enfin la température désirée est aussi flagrante, et ne semble pas gêner beaucoup les syndicats maison.
    N’est-il pas temps de favoriser l’éclosion de sites et d’organismes de type « vérificateurs ». Un site de référence, qui pourrait s’appeler « FACTUEL » pourrait redresser systématiquement le déformations par trop éhontées du réel sous la masque de la statistique.
    Bien sûr, le réel ne se laisse pas piéger en trois données, et aucune enquête ne saura jamais être « objective », mais l’on peut discuter ouvertement des biais, et s’en prémunir au moins partiellement;
    Des candidats pour ce projet, qu’il ne faudrait surtout pas voir diriger ni par des journalistes, trop vite happés par l’évènementiel et peu enclins à la méthodologie, ou à un suivi sur la durée, ni par les statisticiens, trop techniques pour interroger leur pratique au niveau de ses fondements… Une équipe pluridisciplinaire, en revanche…

  4. Danielle Holland on 7th août 2011 2:11

    Concernant les salaires des patrons : on oublie que depuis 2009 et la crise, les revenus des petits patrons a TRES sensiblement baissé.
    Pour ma part si j’ai pu prendre 2300 euros bruts en 2008, je n’ai pu prendre que 1000 euros en 2009 et 1500 euros en 2010.
    Ayant une boutique, employant 2 salariées à 1/3 temps, une fois payé le loyer (sur Paris) la marchandise, les employées, les charges, TVA, impôts etc… Voilà ce qu’il reste ! Je gagne le 1/3 de ce que je gagnais il y a 15 ans…

    Concernant la RETRAITE c’est… Pire, catastrophique, incroyable ! Je suis allée au RSI il y a 2 ans, là on m’a expliqué, malgré TOUT ce que je leur paie par an, que si je travaille encore 5 ans soit 13 ans, j’aurais 980 euros… Par…. AN !! (soit 82 euros/mois)mais que comme j’ai élevé 3 enfants j’aurais… 10 % de plus, soit 90 euros/mois !!
    Le tout asséné, en disant que comme j’étais patron, je devais savoir à quoi m’en tenir, que j’avais sûrement pris beaucoup d’argent avant et que j’avais dû en mettre (plein) de côté !!! Odieux.
    Donc comme j’ai été employée pendant 25 ans je ne sais pas à quoi j’aurai droit, mais pour les 13 années de plus où j’ai travaillé aussi de nombreuses heures, voilà, ce à quoi se résumera ma « retraite »… Une honte !
    Pourquoi n’en parle-t-on pas ? pourquoi ne pas dénoncer ce scandale ? Vous pouvez envoyer ceci à Mr Mélanchon
    qui, lui n’aura certainement pas 90 euros pour sa… Retraite !
    Merci pour votre feedback…
    D. HOLLAND

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